Roubaix, le Maire sert sa famille et dessert la démocratie ...

Publié le 9 Juin 2017

A Roubaix, un électeur de gauche est un citoyen de seconde zone pour le Maire de Roubaix Guillaume Delbar, qui usant d'une disposition juridique particulière vient de se servir un conseiller métropolitain de plus sur le dos de l'opposition. Désormais un électeur de droite vaut en termes de représentation 10 électeurs de l'opposition de gauche et écologiste. Le Maire de Roubaix en plein déni de démocratie révèle finalement un visage bien peu reluisant en organisant ce hold-up.

Nous sommes nombreux à être très déçus par celui qui n'aurait jamais accepté cela étant lui même encore il y a peu dans l'opposition, par celui qui a prétendu incarner une gouvernance apaisée et qui vient de la torpiller définitivement.

Hier au Conseil Municipal, en s'arrogeant le poste de la démissionnaire Marjolaine Pierrat-Ferrat contre toute légitimité, autre que celle de "je peux, je prends..". Le Maire a réussi l'exploit de fédérer les 3 groupes de l'opposition de gauche qui ont quitté le Conseil Municipal pour protester contre cette pratique injuste qui bafoue les droits de l'opposition.

Il a servi sa famille, il a desservi la démocratie. Bravo au chef de la majorité municipale, dommage pour la hauteur de la fonction de Maire.

Désormais alors que 337 vois séparaient lors des dernières élections la liste de Guillaume Delbar, et celle comprenant socialistes et écologistes, le Maire capte 10 conseillers communautaires au lieu de 9, et notre groupe d'opposition seulement un seul.

Vous trouverez ci-joint le contenu de mon intervention, hier soir lorsque j'ai présenté ma candidature pour réclamer la légitimité et le respect du suffrage des élections de 2014.

"   Monsieur le Maire, chers collègues

Je suis candidate au poste de conseiller communautaire en remplacement de ma collègue Marjolaine Pierrat-Feraille qui a démissionné.

Mais il apparaît, Mr le Maire que vous ayez choisi la voie du renoncement démocratique en présentant l’unique candidature d’une personne de votre majorité.

Vous souhaitez utiliser une possibilité juridique inédite de contourner l’esprit de la loi, celui qui pose le principe de la représentation de l’opposition dans les intercommunalités pour les conseillers communautaires.

Cette volonté de la Loi que l’opposition soit représentée est d’autant plus précieuse, qu’elle est largement minorée par le choix du législateur d’octoyer à la liste arrivée en tête d’une prime majoritaire, ce qui lui accorde un large bonus de représentation dont vous bénéficiez.

Vous disposez donc aujourd’hui de 13 conseillers communautaires, et les oppositions de 4.

Mais à la faveur de l’intégration de nouvelles communes à la MEL, vous vous appuyez sur une interprétation juridique permettant un détournement de l’esprit de la loi que n’a certainement pas voulu le législateur. Vous décidez d’utiliser une disposition de la Loi pour cette situation précise de fusion, pour capter un poste de conseiller communautaire supplémentaire sur le dos de votre opposition et atteindre notre droit démocratique de représentation.

S’il n’y avait eu cette circonstance particulière, je succéderai sans aucune ambiguité et automatiquement à ma colistière Marjolaine Pierrat-Ferraille qui a démissionné, puisque telle est la règle partout.

Ce serait conforme au contrat démocratique issu des élections, j’étais fléchée pour le faire et cela figurait sur les bulletins de vote. La candidate que vous présentez ne l’était aucunement, vous affranchissez donc de plus du fait que la loi voulait que les électeurs sachent par avance qui, potentiellement, les représenterait à la MEL.

Par le choix que vous faites, vous ne respectez pas le droit de votre opposition à être représentée proportionnellement selon les règles en vigueur partout ailleurs en France.

Lors des dernières élections municipales, seuls 337 voix ont séparé votre liste et celle comprenant les écologistes et les socialistes.

Si l’on ramène nos représentations en proportion du nombre de voix des électeurs, cela signifie qu’aujourd’hui un conseiller communautaire de votre majorité représente 772 électeurs et qu’un conseiller communautaire de notre liste 3309 électeurs (rapport de 1 à 5).

Je vous laisse juger de l’effet de levier dont vous bénéficiez, et que je ne conteste pas puisque c’est la Loi et qu’elle s’applique partout ainsi.

Mais aujourd’hui, en voulant utilisant une disposition qui n’a pas été prévue, pour contourner la proportionnelle, vous allez trop loin.

Vous souhaitez vous assurer un siège supplémentaire en créant une situation d’inéquité sévère à l’égard de nos électeurs et situation injuste qui n’existera qu’à Roubaix.

Ainsi chacun de vos conseillers communautaires représenterait désormais 694 électeurs, et nous aurions en tout pour tout un seul conseiller représentant non plus 3309 électeurs mais 6617 électeurs, soit un rapport de 1 à 10.

Comment qualifier cela ? un holdup, un mépris démocratique, le cynisme d’une opportunité à votre profit ?

Précisons d’ailleurs pour que cela soit bien clair à l’esprit de tous, que si une élection sur liste à la proportionelle au plus fort reste avait lieu aujourd’hui, et même avec un poste en moins de conseiller communautaires roubaisien, notre groupe conserverait 2 représentants, et les 2 autres groupes chacun 1. Par un vote à la majorité sur une candidature unique, forcément la force est de votre côté. La force oui, mais l’éthique et la démocratie où sont-ils ?

Donc ici à Roubaix, les citoyens qui ont voté pour nous sont considérés comme des citoyens de seconde zone dont les idées n’ont pas à être démocratiquement défendues dans les instances qui traitent de leur sort ?

Il n’y a plus de la gouvernance apaisée dont vous vous vantiez, que les mots, paroles et paroles... et ce faisant, vous montrez un autre visage, non plus celui du Maire de tous les roubaisiens mais celui du chef de la majorité municipale et d’une partie seulement des roubaisiens.

Vous privez Roubaix de l’intelligence démocratique du dialogue majorité/opposition en vous attaquant à notre droit de représentation.

La hauteur en politique ne provient pas de l’usage tactique de sa force mais d’une considération éthique de ce qui est bien et de la claire vision de ce qui ne l’est pas.

Oui les principes comptent, oui les valeurs comptent, les citoyens ne s’y trompent pas, ils rejettent les petits arrangements et les pré-carré ... ce n’est pas notre conception de la démocratie.

Ma légitime candidature est posée, vous pouvez encore effectuer un choix qui honorerait le sens de la démocratie."

 

Rédigé par myriamcau.fr

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