Roms, appel au sens de l'action publique : il nous appartient d'agir...

Publié le 18 Octobre 2013

La circulaire de 2012 qui encadre les conditions d'évacuation des campements de Rom n'est pas ou mal appliquée. Les situations mal résolues recréent de nouveaux problèmes ailleurs. les populations excédées sont dans l'incompréhension. Les propos sont de plus en plus permissifs créant un climat malsain. Notre responsabilité collective est engagée, arrêtons de nous renvoyer la balle. A Roubaix, des situations d'urgence sont à gérer, nous ne pouvons laisser seuls associations, bénévoles, citoyens...

 

Voici mon intervention au Conseil Municipal de Roubaix du 16 octobre 2013 pour le groupe EELV

 

"La situation de multiples implantations de population Roms sur Roubaix ne réjouit personne . Elle pose de nombreuses difficultés de gestion urbaine, de cohabitation pour les riverains ou passants.

Photo-ocrt2013-011.jpgElle interpelle particulièrement quand elle s’enracine dans une ville elle-même composée d’une population qui pour partie connait la pauvreté ou vit dans des équilibres précaires, une population qui a connu et connait ce qu’est l’habitat insalubre, une population qui sait aussi ce qu’est la solidarité, une population qui a de la difficulté à joindre les 2 bouts ou même à trouver simplement sa place dans un système qui laisse beaucoup de laissés pour compte. Dans ce contexte, la présence des Roms est vécue comme une agression supplémentaire incluant la vision insupportable de la misère : bidonville, mendicité, ordures…

 

Elle se double d’une incompréhension du motif de leur présence sur notre territoire, tout le monde n’a pas forcément conscience que les Roms sont nos concitoyens européens, et que s’ils ne sont pas autorisés à occuper illégalement des sites, leur présence –elle- est parfaitement légale dans le cadre du respect des règles républicaines. La force des discriminations et du rejet dont ils sont l’objet dans leur pays explique en partie qu’ils vivent ici malgré tout dans des conditions que nous serons tous d’accord de considérer comme indignes.

 

Cela pose donc d’abord comme un enjeu essentiel la question de la volonté et de la force de l’Europe pour agir sur une situation qui touche de nombreux états, en premier lieu les états d’origine Roumanie, Bulgarie etc… A minima l’Europe a mis à disposition des Etats des fonds pour agir, ici en France ces fonds Européens ne sont pas utilisés faute de projets.

 

En ce qui concerne la situation roubaisienne récente, la présence des Roms sur le site du Galon d’eau causait l’exaspération des riverains mais a été gérée au mieux ou « au moins mal », par l’EPF et par la Ville. Mais il est certain que cette situation ne pouvait pas durer indéfiniment.

Il faut souligner qu’un remarquable travail des associations a permis de scolariser sur Roubaix la plupart des enfants. Encore cet été, La Solidarité et ATD Quart-Monde ont organisé un centre aéré à destination des enfants Roms.

La tentative de relocalisation du camp par la ville de Roubaix et LMCU sur un autre terrain a provoqué des remous, elle été le spectacle de propos racistes condamnables par la loi.

 

Aujourd’hui, il s’établit un climat global malsain à l’égard des Roms qui appelle notre responsabilité. De plus en plus, la présence des Roms sur notre territoire semble devenir une question centrale alors que nous sommes avec 15 à 20 000 Roms l’un des pays où ils sont les moins nombreux, un chiffre relativement stable depuis des années, (ils sont 30 000 en Belgique). Et la teneur de certains propos par des responsables élus ne correspond pas à la tradition de la France, républicaine et fraternelle...

 

Dans ce contexte difficile, propre aux instrumentalisations, nous devons penser aux populations qui cohabitent avec des implantations sauvages de roms, avec les nuisances et perturbations subies et leur exaspération est légitime. Nous savons qu’il faut agir.

 

Et ce sont donc bien nous hommes et femmes politiques qui devons assumer la responsabilité de résoudre ces situations efficacement et humainement.

 

Comment ? Une circulaire interministérielle a cadré les conditions dans lesquelles ces évacuations pouvaient être engagées. Cette circulaire représente la loi, elle est équilibrée, elle n’autorise pas tout mais elle a pour objet de préserver les droits humains fondamentaux.

 

Dans cette circulaire, on demande d’anticiper, d’établir des diagnostics sociaux de chaque famille, de repérer les personnes vulnérables ; la circulaire parle d’accès aux soins, d’obligation et de continuité scolaire, d’insertion. Elle demande que des solutions d’hébergement et d’accueil soient recherchées avant l’évacuation. Elle rappelle qu’il existe des financements européens mobilisables, (et d’ailleurs qui ne sont pas mobilisés, ou à la marge..).

 

La circulaire précise bien qu’elle ne réclame pas de discrimination positive en faveur des Roms mais, je cite : « l’application légitime du principe d’égalité républicaine, au profit de populations qui n’ont pas, naguère, bénéficié du respect républicain ».

 

La situation que nous rencontrons globalement maintenant depuis des mois sur la métropole Lilloise, est qu’à chaque évacuation qui n’est pas correctement traitée, c'est-à-dire dans le respect réel de la circulaire, nous nous mettons collectivement en impasse et nous ne faisons que déplacer le problème.

 

C’est ce que nous venons de faire concernant le site Nadaud au Galon d’eau. Mais le problème est-il aujourd’hui réglé et a-t-on appliqué la circulaire?

  Photo-ocrt2013-015.jpg

Il faut donc que vous sachiez quelle est la réalité après l’évacuation.

En l’état de mes informations, 2 à 3 familles ont eu des propositions de relogement et une quinzaine de place en hébergement d’urgence. Ce qui correspond à une infime part des situations.

Les ¾ de ces familles dorment donc aujourd’hui dehors, certaines sont hébergés chez des bénévoles : principalement chez le Dr Lamarre et l’association la Solidarité. Depuis d’autres évacuations ont eu lieu notamment à Croix, sans solution et vous avez donc aujourd’hui sous la pluie et avec le froid des enfants dans la rue. Les itinéraires d’insertion qui s’étaient mises en place sont bouleversés, les gens maintenant ont faim et tombent malades. Une famille dite vulnérable avec un enfant tétraplégique a été laissée dehors initialement sans solution. Une famille avec une petite fille opérée du cœur également. Mr le Préfet, Monsieur le Directeur de l’Agence Régionale de Santé, vous deviez selon la circulaire prendre en compte les personnes vulnérables, vous ne l’avez pas fait.

 

En conséquence, il faut être clair la circulaire n’est dans les faits pas appliquée et ces évacuations sont au final des échecs.

 

La circulaire prévoit l’anticipation des évacuations avec les acteurs concernés : dans le cas du site du Nadaud, l’EPF n’a pas été associé aux réunions préparatoires sauf à sa demande 2 jours avant l’intervention prévenu par un huissier et non par l’Etat.

 

J’ai pu constater l’absence de transparence des informations. Nous ne connaissons pas les orientations des diagnostics sociaux. Tout le monde se rejette la balle : pour la Mairie, c’est la préfecture. Pour la préfecture, c’est confidentiel. Parmi les administrations réunies par les services du préfet, le rectorat n’a rien proposé pour la continuité scolaire se contentant je cite un propos rapporté « je n’y vois pas d’objection », l’ARS n’a rien proposé pour le suivi sanitaire de personnes vulnérables parfaitement identifiées.

 

La police était présente dès 6h sur le terrain, mais la seule association « homologuée » par l’Etat et LMCU qui semblait avoir connaissance des diagnostics et des propositions est arrivée à 7h30. Il ne restait plus grand monde. Aucune des associations actives sur le terrain n’a été tenue au courant des éventuelles mesures d’hébergement ou d’accompagnement. Aucune information n’a donc pu être relayée aux familles.

 

Sans méconnaître les difficultés à trouver des solutions, avons-nous vraiment réuni les conditions pour appliquer la circulaire, il est possible de s’interroger…

 

Que pouvons nous faire ici et maintenant ?

 

C’est un échec des pouvoirs publics qui fait reposer tout le poids de la détresse et la gestion de l’urgence sur une poignée de bonnes âmes et de bénévoles. Nous leur rendons un immense hommage. Mais nous ne pouvons les laisser avec sur les bras une situation qui relève de l’humanitaire. Il y a des limites. Donc à minima, nous devons trouver des solutions pour 7 familles d’un côté 10 de l’autre.

 

Ces familles je tiens à le souligner malgré l’adversité continuent de scolariser leurs enfants, une vérification a été opérée.

 

Nous ne pouvons pas simplement, même si je peux comprendre votre position Mr le Maire, dire « Roubaix a fait sa part, et c’est à l’Etat d’agir… »

 

Nous ne pouvons pas simplement dire, comme Martine Aubry, même si je peux le comprendre, « c’est à l’Etat d’agir, LMCU a fait sa part ou la fera mais d’abord si l’Etat agit… »

 

Nous ne pouvons pas faire croire aux roubaisiens que la pensée magique existe, et que les populations Roms vont retourner dans leur pays, comme au niveau national peuvent le dire certain.

 

Pour que cela soit possible sur ce dernier point, il faut développer une action diplomatique et économique qui ne peut avoir de résultats immédiats. Oui l’Europe doit agir…

 

Mais l’Europe, c’est qui ? C’est la France…

 

Et l’Etat c’est qui ? Mr le Maire, c’est vous, c’est moi…

En tout cas il me semble que nous y partageons des responsabilités, et que l’administration a bon dos mais qu’elle a des pilotes politiques.

 

Donc nous avons besoin d’agir, ici et maintenant, à Roubaix, pour trouver des solutions humaines, et ne pas rester dans l’impasse. Nous avons besoin de dialogue élargi avec chacun autour de la table : Etat, département chargé de la protection de l’enfance en danger, la région, LMCU, les communes, les associations « toutes les associations »...

 

Rien ne se produira si nous ne cherchons pas à le faire arriver.."

Rédigé par myriamcau.fr

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