Sommet de la Terre Rio+20, enjeux de la participation d'une délégation Nord Pas-de-Calais

Publié le 16 Juin 2012

CIMG2848.JPGLe Conseil Régional Nord Pas-de-Calais a conduit la plus importante délégation Française au Sommet de la Terre à RIO, ce travail préparé de longue haleine depuis une année s'appuie  sur la co-production avec les forces vives en région d'une vision d'avenir pour le territoire régional qui s'inscrit dans le Développement Durable. Vous trouverez les éléments de cette démarche de travail sur le site dédié du CERDD http://www.trajectoiresdd.org/

 

Photo Dilma Rousseff Pte du Brésil, pays hôte, intervient dans la Conférence au RIO Centro

 

En route pour RIO, mon introduction à l'atelier débat avant le départ

"Je suis heureuse de vous accueillir pour cette matinée d’échanges et de débat, qui prend la suite d’une longue et patiente démarche de travail de préparation en région du sommet de la Terre de RIO+20. Vous avez parmi vous une part des membres de la délégation qui partira à Rio porter le contenu de nos travaux, nos questionnements, nos attentes, et qui vous pourrez retrouver dès son retour pour un débriefing à chaud le 29 juin...

L’intérêt et les résultats des grandes conférences internationales font toujours l’objet de débats, on en attend beaucoup, on est souvent déçu… Mais nous ne pouvons pas être passif, ni défaitiste et nous avons notre part dans la responsabilité collective de promouvoir un autre développement… RIO en 1992 a posé les bases de conventions internationales, définit le développement durable et le cadre des agendas 21. RIO en 2012 doit considérer les avancées, ou non, tenir compte de l’accélération des défis planétaires et contribuer à poser les bases d’un autre modèle de développement, l’un des sujets majeurs est celui de « l’économie verte dans un contexte d’éradication de la pauvreté » tout l’enjeu consistera à en donner une définition ambitieuse du point de vues des responsabilités humaines collectives et de la soutenabilité vis-à-vis de la planète, l’autre sujet majeur est celui des nouvelles gouvernances mondiales, notamment pour y inclure la question environnementale, on parle d’organisation mondiale de l’environnement, qui aurait ses recours possibles…

Le pouvoir d’agir des collectivités locales…

Quelles est la place des collectivités locales dans tout cela ? Depuis 20 ans, c’est nous en grande partie qui avons fait avancer le développement durable, de façon concrète et au quotidien dans nos territoires. Tout le monde en convient et les actions le démontrent : en matière de Développement Durable, une grande part du pouvoir d’agir dépend des collectivités locales de tous niveaux et de la qualité de leur lien de coopération avec la Sté civile, le monde économique, et les citoyens. Les Collectivités locales ont un pouvoir d’entrainement qui s’adresse à tous et un devoir d’intérêt général rechercher un équilibre entre les besoins de tous, présents et futurs.

Est-ce que nous sommes capables sur nos territoires de construire des convergences d’action avec la « diversité » des acteurs, au-delà des divergences et conflits d’intérêt pour réellement promouvoir un développement soutenable ?

Pourquoi une implication si particulière du Nord Pas-de-Calais ?

Après tout notre état des lieux n’est objectivement pas brillant si l’on excepte la qualité et la quantité des démarches conduites par tous. En tant que région Nord Pas-de-Calais, nous avons une expérience particulière à faire valoir. Le Conseil Régional NPdC pour l’association des Régions de France a piloté le travail sur les indicateurs alternatifs au PIB et les indicateurs de Développement Durable. Ce travail montre bien nos retards et les séquelles de notre histoire industrielle, nous représentons un exemple de développement non durable qui a usé le potentiel environnemental de notre région, sans promouvoir suffisamment le bien-être humain : retards éducatifs et de formation, indicateurs de santé très dégradés. C’est aussi pour cela probablement que nous nous sommes précocement engagés en faveur du développement durable, pour en explorer les voies de progrès et les moyens d’action. Un plus jamais ça, autant qu’une envie de progrès humain en accord avec l’écosystème qui nous accueille.

Quel peut-être le rôle d’un Conseil régional ?

Nous avons conscience que promouvoir le développement durable ne peut résulter que d’un travail entre toutes les parties prenantes et d’une mobilisation large et renouvelée. C’est pour cela que le Conseil régional s’implique dans un travail d’animation et de mise en relation des acteurs sur l’ambition que peut avoir notre Région d’un développement plus soucieux de l’équilibre entre la réponse aux besoins de tous et les ressources disponibles. Nous avons en région la chance de bénéficier d’un Centre Ressource pour le Développement Durable, le CERDD, outils co-porté par l’Etat et la Région, L’ADEME et d’autres partenaires collectivités locales, acteurs économiques et associatifs. C’est le CERDD qui dans ses missions porte les tâches d’exploration des dimensions du développement durable, de co-production des méthodes et des outils, de diffusion et d’animation. C’est la qualité du travail du CERDD qui permet la démarche collective de contribution de toute une Région aux enjeux du Développement Durable à un moment crucial et charnière que le Sommet de la Terre RIO+20 va éclairer à l’échelle internationale.

Car quel est le contexte ?

Depuis le 1er sommet de la terre à Rio, il y a 20 ans et celui de Johannesbourg il ya 10 ans, nous constatons un contexte planétaire dégradé : la naissance et la mort des climato-sceptiques dans la sphère scientifique et l’aggravation des hypothèses de changement climatique et de toutes leurs conséquences, l’érosion de la biodiversité et la fragilisation des services écosystémiques que la nature peut nous rendre, l’acuïté des tensions géopolitiques que fait peser l’accès à l’eau et le maintien de sa qualité, les risques qui pèsent sur l’autonomie alimentaire des peuples  avec les enjeux de la confiscation du vivant et le processus d’accaparement des terres, le risque systémique sur les économie que fait peser une finance mondialisée spéculative et erratique ; l’insuffisance des régulations de solidarités internationales sur les droits de peuples et la préservation de l’environnement.

Doit-on pour autant s’asseoir sur un tas de sable et pleurer ? Bien sûr que non, nous connaissons les chantiers, les voies, les moyens d’un autre développement. Sur la planète, bien des précurseurs, en sont les explorateurs et nous en donnent les clés. Nous même ici avons nos sentinelles, nos défricheurs, nos développeurs. L’enjeu  est de faire converger ces démarches et de sortir de l’expérience remarquable pour une véritable diffusion, et surtout de réinterroger en profondeur notre modèle de développement. Ce que l’idéologie ne peut décréter, la dynamique d’action, de démonstration, doit pouvoir entrainer : Lors de la création du CERDD, il y a 10 ans déjà, ses promoteurs parlaient de développement durable et désirable.

Nous restons dans cette filiation, une certaine idée d’un bonheur collectif face aux défis planétaires et écologiques, simplement nous sommes peut-être encore plus sérieux et graves devant notre responsabilité pour nous et nos enfants.

Pourquoi nous allons à Rio alors qu’il y a tant à faire devant les défis quotidiens posés aux habitants du Nord Pas-de-Calais ?

·         D’abord parce que nous considérons que notre territoire de vieille industrie par son histoire et sa mobilisation singulière sur le DD a quelque chose à échanger avec le Monde, parce qu’il a une expérience, qu’il est contributeur d’un avenir à travers les énergies qu’il met en œuvre.

·         Parce que nous avons conduit toute une réflexion collective, avec près de 1000 participants pendant toute une année pour dresser le tableau de notre situation régionale en matière de développement durable, c’est un travail de co-production à partir de contributions, avec près de 70 débats et temps forts dont le forum qui nous avait réuni à la condition publique les 1 et 2 février. Aujourd’hui nous disposons d’un document de synthèse provisoire, qui continuera d’être enrichi des travaux de Rio+20, il pose un regard rétrospective sur la trajectoire de notre territoire régional, et tente un regard prospectif pour les 10 ans avenir, avec un enjeu / une question : le Développement Durable, on n’en parle plus, on le fait… comment passer à une 2ème étape du développement Durable « les solutions pour l’action », et le renforcement de l’exigence sur la soutenabilité… Nous devons remobiliser l’ensemble des acteurs de la région, sur un terme devenu tellement commun, qu’on en oublie que presque tout reste encore à faire… Et pour cela RIO+20, ce rendez-vous tous les 10 ans va nous aider, c’est un booster d’énergie et d’intelligence collective, le sommet de la Terre remet le projecteur sur les défis et nos responsabilités, et il va éclairer notre action en Nord Pas-de-Calais qui doit construire sa propre démarche de territoire en transition.

·         Ensuite parce que nous attendons des autorités mondiales des mesures particulières et peut-être et avant tout, la responsabilité d’incarner un espoir pour tous sur cette planète. C’est pour cela que Rio est notre affaire, car c’est avant tout celle des peuples connectés par des liens d’inter-dépendances dans un monde aux ressources épuisables et en voie d’épuisement.

·         Parce que ce que chaque habitant ne peut dire, porter, défendre, faire valoir, les responsables politiques ont le devoir de créer les conditions d’une expression citoyenne. La planète c’est aussi nous

En quoi pèserons nous à RIO+20 ?

Nous ne sommes que de petits insectes dans le jardin planétaire, mais nous pouvons être les fourmies industrieuses qui tissons les liens pour organiser le réseaux des peuples et de sa société civile, et derrière une agitation apparente, la fourmilière le prouve la capacité étonnante des fourmies à organiser le chaos,.

A RIO+20, nous serons présents au sommet des peuples qui se tient en parallèles et partie prenantes des débats et mobilisations de la société civile.

Nous formons une délégation multi-acteurs où chacun va jouer son rôle et sa partition, parce qu’il a un programme de travail et d’échanges pour la plupart avec d’autres interlocuteurs. Ainsi, Damien Carême, Maire de Grande Synthe, nous relaiera au sein de l’ICLEI qui rassemble les autorités locales de tous niveaux à l’échelle internationale pour peser en faveur de leur représentation au bon niveau de décision. Ainsi encore, Claude Lenglet représentant des acteurs économiques du World Forum Lille travaillera t-il avec ETOS son partenaire international sur la responsabilité sociétales des entreprises. Ainsi pour prendre un dernier exemple, Willian Loverlock de l’association terre de Liens va-t-il animer un atelier coopératif au sommet des peuples sur le sujet de l’accaparement des terres et de l’accès au foncier agricole.

Pour ce qui concerne le Conseil régional Nord Pas-de-Calais, nous sommes parties prenantes de grands réseaux d’influence et d’action et porterons des positions collectives avec l’Association des Régions de France mais aussi avec le rassemblement des Etats Fédérés et Régions du Monde. Nous serons aussi sur place en contact avec l’Etat Brésilien du Minas Géraï –région minière en activité avec laquelle nous avons un programme de coopération décentralisé, sur les enjeux de région en transition, de culture et de biodiversité.

Le Nord Pas-de-Calais à travers 4 de ses élus est membre de la Délégation France Officielle. Nous avons pu renouer suite à la séquence électorale un lien avec l’Etat à travers l’implication de la ministre de l’écologie Nicole Bricq et du ministre du développement Pascal Canfin. Mme Bricq a garantie la place des collectivités territoriales dans la délégation France. Le Président François Hollande sera présent au sommet des Chefs d’Etat du 20 au 22, il est détenteur du travail préparatoire qu’ont mené les collectivités territoriales –et notre région y a contribué- pour préparer Rio. La France est aussi porteuse de la position Européenne qui est solide et ambitieuse.

Sujets de travail particuliers au Nord Pas de Calais

1/ Nous  allons aussi à Rio avec un travail de préparation important qui pose le principe de 8 orientations stratégiques, vous les avez dans la plaquette je ne vais pas les citer mais juste prendre un exemple : il est essentiel aujourd’hui de rendre visible et concret les apports du développement durable, ainsi toute démarche ou action doit rendre compte de ses effets et impacts (mesurables ou non) pour les habitants et usagers, comme sur les organisations. L’important travail conduit ici sur les indicateurs de richesse sera enrichi à Rio, c’est un des sujets qui est aussi sur l’agenda de Rio. De la même façon, nous progressons sur la valorisation et la mesure des services écosystémiques que rend la nature, saurons nous inclure cette approche dans le pilotage des politiques publiques ?

2/ Enfin nous avons des priorités, des chantiers en cours dans notre région, nous allons à Rio en contributeur officiel sur plusieurs sujets :

En premier lieu, sur ce qui est le fondement même de notre trajectoire régionale : nous projeter comme un territoire en transition, c’est tirer les enseignements de la résilience, notre capacité à affronter les chocs, les crises et à rebondir en puisant dans notre propre potentiel.

En 2ème lieu la Ville durable et les nouveau modèles économiques, nous avons travaille sur l’idée que c’est en ville qu’une grande part des solutions d’un nouveau modèle d’économie peut émerger, et que c’est en Ville que doit se renouer un pacte entre l’homme et son environnement, et qu’une ville attractive et durable est une condition de survie et de protection des espaces agricoles et naturels dont nous dépendons.

3ème Priorité : la biodiversité, nous savons que nous avons trop peu progressé depuis le 1er sommet de la terre, il faut passer à une étape supérieure, lutter contre les processus irréversibles qui érodent la biodiversité, les pistes existent, mais Emmanuel Cau en parlera mieux que moi

Nos 2 autres priorités enfin sont le changement climatique et la gouvernance alimentaire.

3/ Des orientations, des priorités, mais nous avons aussi des questions que nous allons débattre et éclairer sur place : le concept d’économie verte ne sera t-il pas amoindri à sa version technologique porteuse d’emploi, aura-t-il l’ambition de la responsabilité à l’égard des inégalités et des impacts sur nos ressources ?  Le concept de charte des responsabilités universelles, dans lequel - suite aux travaux de Pierre Calame et de la fondation pour le progrès de l’homme- nous pensons nous engager au retour de Rio, va-t-il s’imposer comme pertinent ?

Suites Post Rio

Je terminerai sur le rappel de notre ambition : passer en région Nord Pas-de-Calais à une seconde étape du Développement Durable, mobiliser mieux et plus largement tous les acteurs, construire des convergences, relier notre action locale et aux enjeux globaux et être capable de mesurer nos efforts et nos avancées régulièrement.

1 an de préparation et de travail pour préparer Rio, et bien ce sera ensuite un an de travail post-Rio pour poser les conditions de notre charte d’engagement et ensuite un point d’étape et de reporting  tous les 2 ans pour faire le point et relancer notre feuille de route d’une région en transition, mobilisée, en action pour un développement réellement soutenable et équitable.

Est-ce que les Etats et les responsables du monde seront au rendez-vous de RIO+20, nul ne le sait, des pessimismes s’expriment, mais en même temps tant d’énergie se mobilisent …

Le Nord Pas-de-Calais sera au RV, nous sommes la seule région de France à avoir préparé avec intensité ce sommet, c’est une fierté, c’est un devoir…"

Rédigé par myriamcau.fr

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