Une politique des temps pour aménager le territoire ....

Publié le 21 Juin 2011

temps.JPGIl peut sembler insolite de parler de politique du temps, et pourtant s'ouvre devant nous un champs de réflexion prospective et d'expérimentation porteur d'avenir. Bien-être, mutualisation, compatibilité, optimisation, liberté de choix, respect, économie des ressources publiques.... autant de mots-clé qui justifient que les politiques d'aménagement du territoire et l'organisation sociale s'intéresse à cette question facteur de progrès humain. Considérer le temps, c'est avant tout considérer d'abord la personne humaine du point de vue de ses besoins, de ses aspirations et des possibilités que les politiques publiques peuvent offrir et promouvoir.

Cette question intéresse le Conseil Régional Nord Pas-de-Calais, elle est inscrite dans la stratégie du SRADT (Schéma Régional d'Amanégement et de Développement du Territoire), il reste à la décliner opérationnellement. Un atelier Régional de prospective a réunit de nombreux experts et acteurs intéressés par ce sujet pour approfondir et débattre. Voici le contenu de mon introduction à cette matinée de travail.  

 

cadre de l'étude prospective en cours sur le site du conseil régional http://www.nordpasdecalais.fr/prospective/prospective_regionale/etudes/en_cours.asp

Et pour entrer dans le concret, références de travail et expériences sur le site de l'association TEMPO TERRITORIAL   http://tempoterritorial.free.fr/

 

  

" Depuis l’élaboration du SRADT et son adoption en 2006, la question du temps dans les politiques publiques et l’aménagement du territoire est posée.

 

·     C’est à la fois un nouveau rapport au temps, individuels et collectifs… Nous avons un nouveau rapport au temps, entre le temps subi ou le temps choisi… une aspiration différente à user de notre temps et de grandes inégalités dans notre capacité à pouvoir le faire. Le poids des usages, des schémas culturels –ainsi le travail domestique réservée encore à la femme-, et les possibilités organisationnelles et fonctionnelles de la société et du territoire où nous vivons.

·     C’est aussi une conception « augmentée » de l’aménagement du territoire : on peut penser des politiques publiques qui articulent les différents temps de vie, qui facilitent le rapport aux temps et qui peuvent avoir des incidences fortes en terme de politiques de transport, d’ouverture des services publics, favorisant les mutualisation et l’épanouissement ou au contraire accusant les conflits d’usage, les surcharges, les inadaptations.

  

De nombreuses collectivités, certainement un peu en avance sur leur… « temps », ont créé des bureaux du temps et déployé réflexion et expérimentations : ainsi La ville de Lille, de Rennes, de Paris, les agglomération de Montpellier, de Poitiers, la Communauté Urbaine du Grand Lyon… Récemment encore en mai, la Pte de LMCU a saisi pour avis le Conseil de Développement sur « les temps de la ville »…

 

Pour autant, et pour la majeure partie de nos concitoyens, parler de politique des temps peut encore surprendre….

 

Et pourtant, s’il y a bien une dimension qui touche au quotidien, à la réalité de chacun, à l’expertise d’usage et à la traduction concrète des politiques publiques et du cadre du travail, c’est bien le temps…

 

Nous sommes donc ici dans un champs exceptionnellement dense, utile, novateur et appropriable, voir partageable…

 

Intégrer une politique du temps c’est pouvoir passer d’une approche sectorielle, d’une vision territoriale à une vision de transversale de l’aménagement… En ce sens, elle bien plus proche des enjeux du développement durable qui intègrent les dimensions multiples social /économique /environnementale , et leurs interactions en terme de biens communs produits ou à l’inverse de séquelles et d’impacts.

Finalement une politique du temps consacre la place de l’être humain au centre des préoccupations…

 

Seul l’homme a conscience du temps qui s’écoule, le temps de la réalisation et des actions qui rythment son quotidien, les temps de sa vie (petite enfance, jeunesse, vieillesse), sa conscience ou pas des temps de l’histoire ou de l’avenir, …

 

Et s’il peut jeter un œil sur son passé, il perd parfois le contrôle de son temps de vie présent, envahi jusqu’à l’extrême par l’immensité de l’ennui si le sens de sa vie lui échappe –pourquoi, à quoi bon, quelle utilité – ou autrement envahi de la sur-sollicitation des obligations de toutes natures, et des faux désirs que l’accélération de la vie moderne permet avec la société de la communication et les nouvelle technologies.

 

La maîtrise de notre temps nous échappe, nous subissons le temps de la multiplication des contraintes : professionnelles, familiales, domestiques, … dans des environnements peu propices à préserver notre équilibre.

 

Nous cultivons le paradoxe du temps : ainsi en France, pays qui aime s’automontrer du doigt pour ses 35H et ses RTT, et qui reste malgré tout le champion de la productivité, démentant le discours caricaturale des « 35H mauvais coup porté à l’économie ». Mais en même temps 35H, qui libérant du temps ont accusé la pression exercée sur beaucoup de salariés dans certains secteurs : « faire autant en moins de temps ».

 

Aujourd’hui, la question de l’épanouissement de tous les êtres humains pose la question du rapport au temps : certains en ont qu’ils ne choisissent pas en étant au chômage, tandis que d’autres n’en ont pas trop sollicités pas le travailler plus dans des horaires bizarres ou le dimanche qu’ils ne choisissent pas forcément.

 

Il y a tant à faire, et les expériences conduites nous le démontrent, la question du temps choisi reste un horizon essentiel du progrès social et probablement de la qualité du service public et de la bonne utilisation de ses moyens.

 

Ainsi, lors du Comité de Ligne des usagers du TER de la métropole lilloise, une personne nous a expliqué que les horaires de la gare de Baisieux étaient ouverts à contretemps : fermée quand il y avait les passagers le soir, ouverte en creux le matin ou l’après-midi.

 

La question du temps est aussi celle du temps à consacrer  à échanger, diagnostiquer, débattre… pour éviter au contraire d’en perdre… C’est un des paris de la démocratie participative.

 

Nous avons des centaines d’actions et de démarche que nous pouvons tester, initier, soutenir en matière de politique du temps… C’est une priorité du SRADT et la Région l’encouragera, mais elle dépend avant tout de chacun. Par le travail de cet atelier propspectif consacré au temps aujourd’hui, vous allez progresser dans cette connaissance du champs des possibles et des souhaitable. J’espère vivement que nous pourrons ensuite traduire cela concrètement dans des chantiers expérimentaux, des échanges de pratiques pour identifier ce qu’il nous faut réellement soutenir et mettre en place.

 

Comme je ne serai pas là pour la conclusion, (excuses), je vais me permettre de vous citer un philosophe sur une de ses pensées très connues, un développement du célèbre carpe diem. Je pense qu’au-delà de vote temps de travail il peut vous signifier quelque chose de plus personnel, en tout cas c’est ce que je vous souhaite… "

 

Pascal disait : « Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l'avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours, ou nous rappelons le passé pour l'arrêter comme trop prompt, si imprudents que nous errons dans des temps qui ne sont point nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient, et si vains que nous songeons à ceux qui ne sont rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C'est que le présent d'ordinaire nous blesse. Nous le cachons à notre vue parce qu'il nous afflige, et s'il nous est agréable nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l'avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance pour un temps où nous n'avons aucune assurance d'arriver.
Que chacun examine ses pensées. Il les trouvera toutes occupées au passé ou à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent, et si nous y pensons ce n'est que pour en prendre la lumière pour disposer de l'avenir. Le présent n'est jamais notre fin. Le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »

 

 

Rédigé par myriamcau.over-blog.fr

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